La force de l'ordre, de Didier FASSIN, Frédéric DEBOMY et Jake RAYNAL

La force de l'ordre, de Didier FASSIN, Frédéric DEBOMY et Jake RAYNAL

Résumé :

31 décembre 2006. 19h, dans un quartier sensible. Une patrouille de police s’arrête près d’un arrêt de bus où attendent trois jeunes gens. Après une vérification de papiers d’identité, les banlieusards sont arrêtés sans ménagement et conduits au commissariat pour une garde-à-vue dans le cadre de laquelle les jeunes sortiront libres malgré les pressions policières. Pour le sociologue Didier Fassin qui suit les forces de l’ordre pour une enquête anthropologique et qui a été le témoin de cette arrestation, ce genre de scène est tristement banale dans les quartiers populaires où la population est parfois soumise à une exception sécuritaire pouvant dégénérer et causer des drames. Comme à Clichy-sous-Bois, fin 2005, avec la mort de Zyed et Bouna. Suite à cet accident, le ministre de l’intérieur de l’époque a affirmé que les jeunes gens étaient impliqués dans un cambriolage et qu’ils n’étaient pas poursuivis par la police. Or, l’enquête qui a suivi ce drame a prouvé que les allégations du ministre de l’intérieur étaient fausses...

 

L'avis de LaPACH

 

Sur sa couverture, il est indiqué « ENQUETE ETHNO-GRAPHIQUE ». Cette BD tire en effet son origine d’une étude sociologique de 400 pages, publiée sous le titre « La Force de l'ordre - Une anthropologie de la police des quartiers » de Didier Fassin.


Pour mener cette étude, l’auteur est resté plusieurs mois en immersion avec des unités de la BAC en région parisienne, afin d’y analyser le quotidien des policiers. Adapter cette étude en BD était donc une façon de porter à la connaissance d’un plus grand nombre, un travail relativement confidentiel… dont les conclusions sont malheureusement assez grinçantes…

 

Actives plutôt dans les quartiers populaires, les BAC souffrent depuis leur création d’une image assez déplorable, voire d’une grande hostilité des habitants des zones surveillées. Et pour cause ? On découvre ici la monotonie de leurs journées, que ces policiers agrémentent à coup d’arrestations totalement arbitraires (et très routinières) – et oui, il faut faire du chiffre, et n’avoir rien à se reprocher n’est pas forcément suffisant partout ! Le délit de faciès est ici dénoncé ouvertement, avec ce qui en résulte : le racisme ordinaire des policiers de ces unités.

 

On y découvre les objectifs chiffrés que doivent atteindre ces policiers, avec les répercussions directes sur leurs missions ! On constate également que tout policier en désaccord avec les directives et les pratiques se retrouve marginalisé et même invité à quitter l’unité. 

 

Enfin, l’étude révèle les problématiques de formations totalement inadaptées (orientées par un discours racialisé et inexistantes quand il s’agit de mises en situation), mais aussi les « catapultages » de policiers jeunes et sans expérience, à qui on refile, sans état d’âme, les zones les plus difficiles à pratiquer… une pratique que l’on voit aussi au niveau des jeunes enseignants qu’on envoie démarrer leur carrière prometteuse en quartier sensible et qui bascule bien vite dans le désarroi, voire pire !

 

Après cette lecture, on se dit que le désamour pour la police est tout à fait compréhensible… mais la question des responsabilités se pose. Le choix d’opter pour la répression plutôt que pour la prévention est clairement politique, tout comme celui du chiffre. De même, la volonté de formation entraîne un investissement, encore un choix politique qui n’est pas fait et qui a de terribles répercussions sur les fonctionnaires et bien plus graves encore, sur les citoyens. Une BD édifiante !

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